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Face à la nouveauté, nos acquis et nos antécédents émotionnels viennent toujours ébranler cette objectivité si précieuse pour appréhender l’inconnu, objectivité qui n’est pourtant qu’un fantasme impossible à réaliser, tant nous sommes sous influence, de quelque façon que ce soit. Lorsqu’on m’a parlé d’un tout nouveau groupe qui faisait des chansons d’ici et d’ailleurs, sur une musique festive, porté par des musiciens professionnels, je me suis surpris à penser à un groupe de chanson française parmi tant d’autres, qui tiendrait peut-être ses promesses, mais dont le goût serait…commun. Et c’est lorsque l’on commence à raisonner avec cette frustration spectatrice qu’on a bien besoin d’être secoué par une flopée d’artistes qui ne se sont tout simplement pas posé la question d’un style, quel qu’il soit. Les musiciens d’Odlatsa sont de ceux-là, de ceux qui n’ont besoin de rien sinon d’eux-mêmes et de leur musique. Prenez en plusieurs, comptez sur une bonne dose de « baraka » pour les faire se rencontrer, agitez pendant seulement quelques mois, et vous irez bien Odlatsa ! J’ai été conquis à tous points de vue par ce spectacle musical tout neuf et déjà remarquable. Les influences de styles sont présentes, nombreuses et mélangées pour créer quelque chose de nouveau qui oscille entre une guitare manouche et un violon tzigane, un accordéon qui lui répond et une contrebasse qui les soutient tandis que le cajon se charge de nous insuffler un rythme teinté d’une sonorité unique. Ces musiciens là sont bons, très bons. J’ai écouté des chansons sur les femmes qui ne parlaient pas uniquement d’amour, des chansons sur l’argent qui se chargeaient d’exprimer mon mécontentement, des chansons sur la vie, tout simplement… Car si les rythmes et mélodies que ces compères créent pour nos oreilles sont remarquables, j’ai été saisi au coeur par les textes qu’ils nous servent à coup de notes.
Un peu de Brassens, une phrase de Brel, un vers de Ferré, un verre de bière, peut-être, beaucoup de soi, le tout nous offrant de petites perles parlées entre les chansons. Ces mêmes chansons qui jouent avec nos sentiments en nous plongeant dans les regrets d’un amour passé avant de nous extraire de cette mélancolie pour nous balancer un rythme entraînant et joyeux sur lequel les mots rebondissent en jouant, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Et lorsqu’ils optent pour d’autres langues, d’autres rythmes, comme pour un hommage à Frida Kahlo, qui chantait Viva la vida, on comprend que c’est ça, leur style : aller au-delà de tout, au-delà de ça. Un grand merci à Odlatsa pour cette riche soirée musicale au coeur de laquelle le métissage et le mélange des genres, si cher aux Originarts, a pris tout son sens.

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Ce soir-là, une exposition de Térésa Tomé était également présentée. Cette série de clichés saisissants s’inscrit dans le projet Couleurs de Femmes, porté par Samara Bongars et les Originarts, qui a la volonté d’être un élément de présentation de la condition de la femme par l’art et de dénonciation des situations indignes dans lesquelles se trouvent nombre d’entre elles. Une dizaine de photographies qui représentent elle, jeune, ou encore elle, plus âgée, d’ici, ou d’ailleurs, marquée par la vie, par les coups, par une sensation d’oppression qu’elle ne doit qu’à son sexe, qui n’est pas l’autre, le soi-disant fort. Une série de portait que Térésa Tomé nous livre de façon brute comme introduction à Couleurs de Femmes, dont nous entendrons parler très prochainement…

Un grand merci à tous les bénévoles grâce à qui la soirée a pu se dérouler au mieux, et à très bientôt pour un prochain événement des Originarts !

 

Gilles Steiner